Les conseils du Pic Vert
Planter pour aider la biodiversité
La plantation d‘arbres et d’arbustes favorise la biodiversité sous réserve de bien concevoir l’aménagement. Vous trouverez ci-dessous nos préconisations pour planter sans vous planter !
Pourquoi planter ?
Arbres, haies, vergers, bosquets et murs végétalisés sont bénéfiques pour l'environnement :
- ils favorisent la biodiversité en fournissant des abris, des gîtes et de la nourriture à de nombreuses espèces
- ils forment des corridors écologiques
- ils constituent des puits de carbone
- ils créent des ilots de fraicheur
Figure 4. Principaux services rendus par les haies (Comprendre pour agir, 2023, OFB)
Quels arbustes implanter ?
Nous préconisons l’installation de jeunes plants (et non d’arbres ou d’arbustes matures nettement plus coûteux et qui présenteront moins de garantie de reprise) d’un ou deux ans en racines nues ou en petites mottes uniquement pour les essences non cultivées en racines nues (comme le houx). Leur taille devra être comprise entre 30 et 80 cm maximum. Ces caractéristiques permettent de disposer d’arbustes faciles à installer, peu coûteux et avec une garantie de reprise très nettement supérieure aux arbustes de dimension supérieure. Ils devront également être exempts de maladies, avoir un système racinaire de qualité (bien développé et sans blessures apparentes).
Les espèces devront être adaptées au territoire et d’origine locale en évitant absolument les espèces de conifères mono-spécifiques de type thuyas.
Les espèces pourront être choisies parmi les espèces suivantes avec, au minimum, une diversité comprenant de 6 à 12 espèces différentes à choisir parmi les essences disponibles au moment de l’achat (la demande est actuellement très forte en Végétal Local et les achats doivent être anticipés autant que possible afin de pouvoir bénéficier d’essences diversifiées) :

D’autres espèces sont possibles. Pour connaître la liste complète des espèces éligibles en végétal local sur la région d’origine, on peut se référer au tableau des espèces éligibles du guide technique « collecte et mise en culture d’arbres et arbustes sauvages et locaux » publiés en 2021 par l’Afac Agroforesteries (p. 179) : https://afac-agroforesteries.fr/guide-technique-collecte/
- Pourquoi privilégier les espèces locales ?
Le choix des plantes proposées en jardinerie est principalement axé sur leur aspect esthétique : elles sont constituées très majoritairement d’essences ornementales et horticoles, choisies pour leur aspect, leur couleur, leur parfum… et non pour leur capacité à accueillir la biodiversité.
La sélection variétale des plantes ornementales s’est ainsi souvent faite au détriment de la biodiversité (hybridation, uniformité…), il convient donc de favoriser autant que possible les espèces locales et indigènes.
Les espèces indigènes sont celles présentes naturellement dans le secteur concerné, elles sont adaptées à leur environnement (climat, sol…) et aux autres espèces qui y vivent, en particulier les insectes pollinisateurs dont elles dépendent pour leur reproduction. Elles demandent généralement moins d’entretien et d’arrosage et favorisent l’épanouissement des autres espèces animales et végétales avec lesquelles elles interagissent.
Planter des espèces végétales locales (au sens de indigènes, « naturellement » présentes dans la région depuis longtemps, plusieurs centaines d’années au minimum) c’est donc travailler avec des espèces adaptées à la situation pédoclimatique et à la biodiversité locales car les espèces végétales et animales sont intimement liées, elles ont co-évolué en parallèle depuis des millénaires.
Actuellement, seule la marque collective Végétal Local présente des garanties en la matière (même s’il demeure possible de produire des végétaux locaux sans adhérer à cette marque). Cette marque collective initiée en 2015 a véritablement pris son essor depuis seulement quelques années et la demande est en forte hausse, dépassant souvent l’offre. Cette marque est aujourd’hui portée par l’Office Français de la Biodiversité.
Les garanties apportées par la marque :
Les semences de base sont prélevées dans le milieu naturel du territoire. La production est garantie d’origine locale. La marque Végétal Local apporte l’assurance que ces végétaux ont conservé un maximum de leur diversité génétique, garantie d’une bonne adaptation à court et long terme. La marque possède un fort niveau d'exigence envers ses partenaires pour garantir et préserver la diversité génétique des végétaux.
En France métropolitaine, la marque a défini scientifiquement 11 régions biogéographiques avec des caractéristiques écologiques, pédologiques, géologiques, de climats bien typiques. Leur flore a développé pour chacune d'elles des adaptations génétiques particulières depuis des siècles.
- Où trouver des plants d’origine locale
En Isère, en 2025, 4 producteurs étaient recensés sur le site de la marque Végétal local. Une carte en ligne est disponible pour visualiser les producteurs bénéficiaires de la marque Végétal local en France.
Il en existe probablement d’autres en cours de labellisation ou ayant une démarche proche mais sans pour autant avoir engagé le processus de labellisation comme l’association Les Nouveaux Jardins de la solidarité basée à Moirans qui possède une pépinière avec des végétaux d’origine locale.
Comment planter ?
La présence d’une végétation diversifiée, avec la présence des quatre strates : arborescente (arbres), arbustive (arbustes), herbacée (fleurs et hautes herbes) et muscinale (mousses et champignons) est indispensable si l’on souhaite accueillir la plus grande diversité d’espèces possibles.
Nous préconisons l’installation de haies champêtres sous forme de haies doubles, nettement plus favorables pour l’accueil de la faune, mais nécessitant une emprise au sol plus grande. Planter sur 2 bandes permet d’avoir un secteur intercalaire en herbe qui servira de refuge et constituera un corridor plus efficace pour la faune. À défaut, notamment si l’espace disponible s’avère insuffisant, une haie simple mais assez dense pourra être envisagée.
Les arbustes seront plantés autant que possible sur 2 lignes espacées d’au moins 0,5 m (si possible 1 m) en quinconce et l’espacement entre chaque plan sera de 1,5 m. 132 plants seront donc nécessaires pour un linéaire de plantation de 100 m par exemple.
©Pierre Jésupret - Le Pic Vert
Pour obtenir un effet plus « naturel » et agréable à la vue, il conviendra que la répartition des espèces ne soit pas réalisée selon une séquence régulière et répétitive comme on le voit encore parfois.
Pour une plantation en limite de propriété, veillez à effectuer vos plantations à une distance de 2 mètres minimum de la limite. Cela permettra à votre haie de pouvoir dépasser les 2 mètres de haut (article L-671 du Code civil).
Les plants devront être pralinés avant mise en terre pour éviter le dessèchement des racines et favoriser l’adhérence entre les racines et la terre : le taux de reprise en sera ainsi amélioré.
Les plants en racines nues étant très sensibles à la dessication au niveau racinaire, il convient d’avoir un délai très court entre leur extraction en pépinière et leur implantation sur site et de ne pas exposer le système racinaire au soleil et au vent. Il conviendra également de reporter la plantation lorsque les conditions météo sont défavorables : période de gel, vent fort ou pluie avec terrain détrempé.
Quand planter ?
La situation climatique de ces dernières années oblige à repenser les périodes de plantations. Jusqu’à présent, il est fréquent de trouver dans la bibliographie que la période favorable pour les plantations en racines nues se situe de novembre à mars, durant la période d’arrêt de la végétation. Or, l’expérience de ces dernières années montre que, face aux effets du changement climatique et au manque d’eau de plus en plus fréquent, il faut éviter autant que possible les plantations en racines nues en mars, les plants ayant souvent déjà démarré en végétation, la reprise sera plus difficile et les arbres seront encore plus sensibles aux périodes de sécheresse.
Si le calendrier le permet, nous incitons à planter le plus tôt possible entre novembre et janvier en évitant les périodes de gel.
Pour une plantation au top :
- Paillage
La haie devra être paillée une fois la plantation effectuée. Le paillage permet en effet de limiter la concurrence avec les végétaux herbacés notamment les premières années et de maintenir un taux d’humidité satisfaisant tout en limitant la nécessité d’arrosage.
Nous préconisons un paillage végétal (pas de film plastique) soit de la paille (10 kg/m²), soit du copeau bois (10 cm d’épaisseur) ce qui permet de valoriser des sous-produits agricoles ou forestiers biodégradables et qui apporteront de la matière organique.
Prévoir de pailler sur une grande largeur, si possible sur l’ensemble de la surface retournée pour l’installation de la haie. Ainsi, on limitera au maximum la germination d’herbes qui viendraient concurrencer, notamment la première année, les jeunes plants et on limitera aussi fortement le risque de voir des plantes indésirables, comme l’ambroisie ou la renouée, s’installer. Ce paillage devra être entretenu et si besoin regarni durant 2 ans après la plantation.

Un large paillage est un gage de meilleure reprise tout en permettant de limiter l’arrosage et l’entretien.
À titre d’exemple : pour un paillage d’une haie double, il faut compter l’équivalent d’une botte de paille de 200 kg pour environ 10 à 12 mètres linéaires sur environ 1 à 1,5 m de large soit 2 tonnes de paille pour 100 m de haie double.
- Protection des plants
Si vous vous trouvez en secteur particulièrement sensible, il apparaît nécessaire de prévoir des manchons de protection qui limiteront l’abroutissement ou le frottis des jeunes plants par les animaux (lapin, lièvre, chevreuil, sanglier…). Sinon, cela n'est pas indispensable. Il existe des manchons de protection biodégradables (en carton ou en fibres végétales). Si vous optez pour des manchons en plastique, pensez à les retirer lorsqu'ils ne sont plus nécessaires et conservez les pour une potentielle nouvelle utilisation.
- Pédagogie
La plantation de haie est une activité qui présente un grand intérêt pédagogique. N'hésitez pas à organiser un chantier participatif en invitant votre famille et/ou vos amis !
Entretien
Les arbustes sont particulièrement vulnérables les premiers mois et la première année suivant la plantation du fait du « traumatisme » que représente la transplantation. Un suivi attentif devra donc être mené ces premiers mois et les 2 années suivant la plantation, notamment en matière de fourniture d’eau.
Les 3 premières années, l’entretien consistera en un désherbage manuel s’il s‘avère nécessaire, la taille n’adviendra que plus tard et seulement si le développement de la haie en largeur et en hauteur devient incompatible avec l’espace que l’on souhaite lui dédier. Il est donc important de prendre en considération cet aspect lors du choix du lieu d’implantation des haies si l’on veut limiter autant que possible l’entretien de celle-ci et le temps de travail dédié à cet entretien.
Si la taille s’avère nécessaire, il conviendra de ne pas pratiquer une taille « agressive », style jardin à la française car celle-ci limite fortement la floraison et la fructification et se révèle donc défavorable à la biodiversité. Une taille plus forte s’avère cependant utile une à eux fois par décennie. Les résidus de la taille pourront être broyés sur place et servir de paillage et d’amendement organique.
Surtout, ne pas tailler entre mars et octobre, pendant la période de reproduction/nidification !
Végétalisation de certains murs, façades et clôtures
La végétalisation ne passe pas uniquement par la plantation d‘arbres et de haies (qui nécessite de l’emprise au sol disponible) mais aussi par la végétalisation des murs, façades et clôtures dont les surfaces verticales sont plus facilement disponibles. Le verdissement de ces espaces est donc un bon moyen d’augmenter rapidement la surface végétalisée dans un espace souvent contraint par ailleurs et ainsi de favoriser la biodiversité.
La présence de végétation dans et autour des bâtiments a des effets positifs aujourd’hui reconnus et validés : bien-être général amélioré, capacité d’attention et de concentration renforcés, lien social facilité…
En raison de ses bienfaits et de son rôle dans l’accueil de la biodiversité, la végétation se doit d’occuper une place centrale dans la conception d’un espace de vie et/ou de travail.
La forme la plus simple, tant économiquement que techniquement, sont les façades ou les clôtures couvertes de plantes grimpantes. Plantées au niveau du sol, les végétaux utilisent le support (grillage, treillis fer ou bois, fil de fer, petits câbles inox…) pour se développer. C’est un moyen assez facile à concevoir et à gérer dans le temps et finalement assez peu onéreux, à partir du moment où sa conception est bien pensée afin de prendre notamment en considération les inquiétudes qui se font souvent jour (poids de la végétation, endommagement de la surface support, charge de travail supplémentaire liée à l'entretien…).
Ces murs et clôtures végétaux accueillent une faune nombreuse et diversifiée (insectes, oiseaux, micromammifères, chauves-souris) qui peut nicher à l’intérieur du feuillage. De plus, certaines plantes grimpantes comme le lierre fournissent une nourriture tardive aux insectes pollinisateurs et aux oiseaux et se révèlent ainsi particulièrement pertinentes.
Certaines plantes qui possèdent des ventouses et/ou des racines « crampons » peuvent potentiellement causer des dommages au support, ces plantes sont à éviter notamment sur les murs en pisé. A l’inverse, les autres plantes, à vrilles ou volubiles, peuvent prolonger la durée de vie du support (pierre, brique, bois…) en le protégeant des intempéries.
Dans notre région, où les hivers sont encore froids, il peut être opportun de préférer les plantes grimpantes à feuillage caduque (qui perdent leurs feuilles en hiver) plutôt qu’un feuillage sempervirent (toujours vert) afin que les murs puissent capter le soleil et donc la chaleur. À l’inverse, un feuillage persistant sur les façades peu ensoleillées formera un bon isolant qui contribuera à retenir la chaleur à l’intérieur du bâtiment.
Préférer des plantes grimpantes indigènes et les mélanger : nous préconisons notamment le Lierre (mi-ombre, racines crampons), le Chèvrefeuille (mi-ombre et soleil, tiges volubiles), la Clématite des haies (soleil, tiges volubiles), le Houblon commun (soleil, vrilles).
Le lierre est une plante grimpante particulièrement intéressante qui attire beaucoup d’insectes, représente une source tardive de pollen et de nectar (à un moment où les pollinisateurs et les abeilles, domestiques comme sauvages, en manquent souvent) et ses baies nourrissent les oiseaux à la fin de l’automne et durant l’hiver. Il faut toutefois souligner que l’ensemble de la plante est toxique pour l’homme.
Il est également possible de s’orienter, dans une visée utilitaire (production de fruits) vers des plantes grimpantes à fruits comestibles même si elles ne sont pas d’origine locale : vignes, kiwis, passiflores, mures… voire des fruitiers en espaliers.
En complément :
- L'essentiel sur la haie, Comprendre pour agir, Office Français de la Biodiversité, novembre 2023
- Le site internet officiel de la marque Végétal local
- Le guide des plantes de votre région, élaboré par la Fondation pour la Nature et l'Homme

